
Livre Cinquième
I. Le Bûcheron et Mercure
Ne point mentir, être content du sien,
C'est le plus sûr : cependant on s'occupe
À dire faux pour attraper du bien :
Que sert cela ? Jupiter n'est pas dupe.
II.
Le Pot de terre et le Pot de ferNe nous associons qu'avecque nos égaux.
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d'un de ces Pots.
III.
Le petit Poisson et le PêcheurUn tien vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l'auras :
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.
IV. Les oreilles du Lièvre
— On les fera passer pour cornes,
Dit l'animal craintif, et cornes de Licornes.
J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons.
V. Le Renard ayant la queue coupée
Prétendre ôter la queue eût été temps perdu ;
La mode en fut continuée.
VI. La Vieille et les deux Servantes
La Vieille, au lieu du Coq, les fit tomber par là
De Charybde en Scylla.
VII. Le Satyre et le Passant
Ne plaise aux Dieux que je couche
Avec vous sous même toit.
Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid !
VIII.
Le Cheval et le LoupChacun à son métier doit toujours s'attacher.
Tu veux faire ici l'Arboriste,
Et ne fus jamais que Boucher.
IX.
Le Laboureur et ses EnfantsD'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.
X. La Montagne qui accouche
C'est promettre beaucoup ; mais qu'en sort-il souvent ?
Du vent.
XI. La Fortune et le jeune Enfant
On pense en être quitte en accusant son sort :
Bref la Fortune a toujours tort.
XII. Les Médecins
L'un disait : Il est mort, je l'avais bien prévu.
— S'il m'eût cru, disait l'autre, il serait plein de vie.
XIII.
La Poule aux œufs d'orBelle leçon pour les gens chiches :
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?
XIV. L'Âne portant des Reliques
D'un Magistrat ignorant
C'est la Robe qu'on salue.
XV. Le Cerf et la Vigne
Vraie image de ceux qui profanent l'asile
Qui les a conservés.
XVI. Le Serpent et la Lime
Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages
Sur tant de beaux ouvrages ?
Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.
XVII. Le Lièvre et la Perdrix
Son tour vient ; on la trouve. Elle croit que ses ailes
La sauront garantir à toute extrémité ;
Mais la pauvrette avait compté
Sans l'Autour aux serres cruelles.
XVIII. L'Aigle et le Hibou
Tu fis de tes enfants à l'Aigle ce portrait ;
En avaient-ils le moindre trait ?
XIX.
Le Lion s'en allant en guerreLe monarque prudent et sage
De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,
Et connaît les divers talents :
Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.
XX. L'Ours et les deux Compagnons
— Il m'a dit qu'il ne faut jamais
Vendre la peau de l'Ours qu'on ne l'ait mis par terre.
XXI. L'Âne vêtu de la peau du Lion
Un équipage cavalier
Fait les trois quarts de leur vaillance.