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Livre Deuxième des Fables de La Fontaine

Fables I à XX du Livre Deuxième

Jean de La Fontaine

Jean de La Fontaine

Livre Deuxième


I. Contre ceux qui ont le goût difficile
C'est un dessein très dangereux
Que d'entreprendre de te plaire.
Les délicats sont malheureux ;
Rien ne saurait les satisfaire.
II. Conseil tenu par les Rats
Ne faut-il que délibérer ?
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin d'exécuter ?
L'on ne rencontre plus personne.
III. Le Loup plaidant contre le renard par-devant le singe
Et tous deux vous paierez l'amende :
Car toi, Loup, tu te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris ;
Et toi, Renard, as pris ce que l'on te demande.
Le Juge prétendait qu'à tort et à travers
On ne saurait manquer condamnant un pervers.
IV. Les Deux Taureaux et une Grenouille
Hélas ! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.
V. La Chauve-souris et les deux Belettes
Le Sage dit, selon les gens,
Vive le Roi, vive la Ligue.
VI. L'Oiseau blessé d'une flèche
Des enfants de Japet toujours une moitié
Fournira des armes à l'autre.
VII. La Lice et sa Compagne
Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.
VIII. L'Aigle et l'Escarbot
Le Monarque des Dieux s'avisa, pour bien faire,
De transporter le temps où l'Aigle fait l'amour,
En une autre saison, quand la race Escarbote
Est en quartier d'hiver, et comme la Marmotte,
Se cache et ne voit point le jour.
IX. Le Lion et le Moucheron
Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis,
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.
X. L'Âne chargé d'éponges, et l'Âne chargé de sel
Quelqu'un vint au secours : qui ce fut, il n'importe ;
C'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point
Agir chacun de même sorte.
J'en voulais venir à ce point.
XI. Le Lion et le Rat
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
XII. La Colombe et la Fourmi
Le souper du Croquant avec elle s'envole :
Point de Pigeon pour une obole.
XIII. L'Astrologue qui se laisse tomber dans un puits
Outre la vanité de son art mensonger,
C'est l'image de ceux qui bâillent aux chimères,
Cependant qu'ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.
XIV. Le Lièvre et les Grenouilles
Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre,
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.
XV. Le Coq et le Renard
Et notre vieux Coq en soi-même
Se mit à rire de sa peur :
Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.
XVI. Le Corbeau voulant imiter l'Aigle
Mal prend aux Volereaux de faire les Voleurs.
L'exemple est un dangereux leurre.
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands Seigneurs,
Où la Guêpe a passé, le Moucheron demeure.
XVII. Le Paon se plaignant à Junon
Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de te plaindre, ou bien, pour te punir,
Je t'ôterai ton plumage.
XVIII. La Chatte métamorphosée en femme
Et, fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n'en serez les maîtres.
Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.
XIX. Le Lion et l'Âne chassant
L'Âne s'il eût osé se fût mis en colère,
Encor qu'on le raillât avec juste raison :
Car qui pourrait souffrir un Âne fanfaron ?
Ce n'est pas là leur caractère.
XX. Testament expliqué par Ésope
Le peuple s'étonna comme il se pouvait faire
Qu'un homme seul eût plus de sens
Qu'une multitude de gens.

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