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Livre Huitième des Fables de La Fontaine

Fables I à XXVII du Livre Huitième

Jean de La Fontaine

Livre Huitième


I. La Mort et le Mourant
La mort ravit tout sans pudeur
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n'est rien de moins ignoré,
Et puisqu'il faut que je le die,
Rien où l'on soit moins préparé.
II. Le Savetier et le Financier
À la fin le pauvre homme
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus !
Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,
Et reprenez vos cent écus.
III. Le Lion, le Loup, et le Renard
Un Lion décrépit, goutteux, n'en pouvant plus,
Voulait que l'on trouvât remède à la vieillesse :
Alléguer l'impossible aux Rois, c'est un abus.
IV. Le pouvoir des Fables
Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême,
Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.
V. L'Homme et la Puce
Par des vœux importuns nous fatiguons les Dieux :
Souvent pour des sujets même indignes des hommes.
VI. Les Femmes et le Secret
Rien ne pèse tant qu'un secret :
Le porter loin est difficile aux Dames :
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
VII. Le Chien qui porte à son cou le dîné de son maître
Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles,
Ni les mains à celle de l'or :
Peu de gens gardent un trésor
Avec des soins assez fidèles.
VIII. Le Rieur et les Poissons
On cherche les Rieurs ; et moi je les évite.
Cet art veut sur tout autre un suprême mérite.
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
IX. Le Rat et l'Huître
Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience
Sont aux moindres objets frappés d'étonnement :
Et puis nous y pouvons apprendre,
Que tel est pris qui croyait prendre.
X. L'Ours et l'Amateur des Jardins
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami;
Mieux vaudrait un sage ennemi.
XI. Les deux Amis
Qu'un ami véritable est une douce chose.
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;
XII. Le Cochon, la Chèvre et le Mouton
Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin;
XIII. Tircis et Amarante
Il est force gens comme lui
Qui prétendent n'agir que pour leur propre compte,
Et qui font le marché d'autrui.
XIV. Les Obsèques de la Lionne
Amusez les Rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges,
Quelque indignation dont leur cœur soit rempli,
Ils goberont l'appât, vous serez leur ami.
XV. Le Rat et l'Éléphant
Se croire un personnage est fort commun en France.
On y fait l'homme d'importance,
Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois :
C'est proprement le mal François.
XVI. L'Horoscope
On rencontre sa destinée
Souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter.
XVII. L'Âne et le Chien
Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature
XVIII. Le Bassa et le Marchand
Ceci montre aux Provinces
Que, tout compté mieux vaut en bonne foi
S'abandonner à quelque puissant Roi,
Que s'appuyer de plusieurs petits princes.
XIX. L'avantage de la Science
Laissez dire les sots ; le savoir a son prix.
XX. Jupiter et les Tonnerres
Jupiter voyant nos fautes,
Dit un Jour du haut des airs :
Remplissons de nouveaux hôtes
Les cantons de l'Univers
Habités par cette race
Qui m'importune et me lasse.
XXI. Le Faucon et le Chapon
Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;
Ne vous pressez donc nullement
XXII. Le Chat et le Rat
S'assure-t-on sur l'alliance
Qu'a faite la nécessité ?
XXIII. Le Torrent et la Rivière
Les gens sans bruit sont dangereux :
Il n'en est pas ainsi des autres.
XXIV. L'Éducation
On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père :
Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère :
Faute de cultiver la nature et ses dons ;
XXVII. Les deux Chiens et l'Âne mort
Les vertus devraient être sœurs,
Ainsi que les vices sont frères :
Dès que l'un de ceux-ci s'empare de nos cœurs,
Tous viennent à la file, il ne s'en manque guères :
XXVI. Démocrite et les Abdéritains
Son pays le crut fou : Petits esprits ! mais quoi ?
Aucun n'est prophète chez soi.
XXVII. Le Loup et le Chasseur
L'homme, sourd à ma voix comme à celle du sage,
Ne dira-t-il jamais : C'est assez, jouissons ?

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