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Livre Quatrième des Fables de La Fontaine

Fables I à XXII du Livre Quatrième

Jean de La Fontaine

Livre Quatrième


I. Le Lion amoureux
On lâcha sur lui quelques chiens,
Il fit fort peu de résistance.
Amour, amour, quand tu nous tiens,
On peut bien dire, Adieu prudence.
II. Le Berger et la Mer
La Mer promet monts et merveilles ;
Fiez-vous-y, les vents et les voleurs viendront.
III. La Mouche et la Fourmi
Adieu : je perds le temps : laissez-moi travailler.
Ni mon grenier ni mon armoire
Ne se remplit à babiller.
IV. Le Jardinier et son Seigneur
Petits Princes, videz vos débats entre vous :
De recourir aux Rois vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer sur vos terres.
V. L'Âne et le petit chien
Oh ! oh ! quelle caresse, et quelle mélodie !
Dit le Maître aussitôt. Holà, Martin bâton.
Martin bâton accourt ; l'Âne change de ton.
Ainsi finit la Comédie.
VI. Le combat des Rats et des Belettes
Les petits en toute affaire
Esquivent fort aisément :
Les grands ne le peuvent faire.
VII. Le Singe et le Dauphin
Il s'aperçoit qu'il n'a tiré
Du fond des eaux rien qu'une bête.
Il l'y replonge, et va trouver
Quelque homme afin de le sauver
VIII. L'Homme et l'Idole de bois
Plus je te remplissais, plus mes mains étaient vides :
J'ai bien fait de changer de ton.
IX. Le Geai paré des plumes du Paon
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui :
Et que l'on nomme plagiaires.
Je m'en tais ; et ne veux leur causer nul ennui ;
Ce ne sont pas là mes affaires.
X. Le Chameau et les Bâtons flottants
J'en sais beaucoup de par le monde
À qui ceci conviendrait bien :
De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien.
XI. La Grenouille et le Rat
La ruse la mieux ourdie
Peut nuire à son inventeur :
Et souvent la perfidie
Retourne sur son auteur.
XII. Tribut envoyé par les Animaux à Alexandre
Et le Proverbe dit : Corsaires à Corsaires,
L'un l'autre s'attaquant ne font pas leurs affaires.
XIII. Le Cheval s'étant voulu venger du Cerf
Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien,
Sans qui les autres ne sont rien.
XIV. Le Renard et le Buste
Belle tête, dit-il, mais de cervelle point.
Combien de.grands Seigneurs sont Bustes en ce point ?
XV. Le Loup, la Chèvre, et le Chevreau
Deux sûretés valent mieux qu'une :
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.
XVI. Le Loup, la Mère et l'Enfant
Le Seigneur du Village à sa porte les mit ;
Et ce dicton Picard à l'entour fut écrit :
Biaux chires leups n'écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crie.
XVII. Parole de Socrate
Chacun se dit ami ; mais fol qui s'y repose :
Rien n'est plus commun que ce nom,
Rien n'est plus rare que la chose.
XVIII. Le Vieillard et ses enfants
L'un veut s'accommoder, l'autre n'en veut rien faire.
Tous perdirent leur bien ; et voulurent trop tard
Profiter de ces dards unis et pris à part.
XIX. L'Oracle et l'Impie
Tu te trouverais mal d'un pareil stratagème.
Je vois de loin, j'atteins de même.
XX. L'Avare qui a perdu son trésor
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent :
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant.
XXI. L'œil du Maître
Phèdre, sur ce sujet, dit fort élégamment,
Il n'est pour voir que l'œil du Maître.
Quant à moi, j'y mettrais encor l'œil de l'Amant.
XXII. L'Alouette et ses petits, avec le Maître d'un champ
Et les petits en même temps,
Voletants, se culebutants,
Délogèrent tous sans trompette.

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