
Livre Sixième
I. Le Pâtre et le Lion
C'est ainsi que l'a dit le principal Auteur :
Passons à son imitateur.
II. Le Lion et le Chasseur
La vraie épreuve de courage
N'est que dans le danger que l'on touche du doigt.
Tel le cherchait, dit-il, qui changeant de langage
S'enfuit aussitôt qu'il le voit.
III. Phébus et Borée
Encor n'usa-t-il pas de toute sa puissance.
Plus fait douceur que violence.
IV. Jupiter et le Métayer
Concluons que la Providence
Sait ce qu'il nous faut, mieux que nous.
V.
Le Cochet, le Chat, et le SouriceauGarde-toi, tant que tu vivras,
De juger des gens sur la mine.
VI. Le Renard, le Singe, et les Animaux
Il fut démis ; et l'on tomba d'accord
Qu'à peu de gens convient le Diadème.
VII.
Le Mulet se vantant de sa généalogieQuand le malheur ne serait bon
Qu'à mettre un sot à la raison,
Toujours serait-ce à juste cause
Qu'on le dit bon à quelque chose.
VIII. Le Vieillard et l'Âne
Sauvez-vous, et me laissez paître :
Notre ennemi, c'est notre Maître :
Je vous le dis en bon François.
IX. Le Cerf se voyant dans l'eau
Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile ;
Et le beau souvent nous détruit.
Ce Cerf blâme ses pieds qui le rendent agile ;
Il estime un bois qui lui nuit.
X.
Le Lièvre et la TortueDe quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?
XI. L'Âne et ses Maîtres
Notre condition jamais ne nous contente :
La pire est toujours la présente.
Nous fatiguons le Ciel à force de placets.
Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête,
Nous lui romprons encor la tête.
XII. Le Soleil et les Grenouilles
Adieu joncs et marais : notre race est détruite.
Bientôt on la verra réduite
À l'eau du Styx. Pour un pauvre Animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.
XIII. Le Villageois et le Serpent
Il est bon d'être charitable ;
Mais envers qui ? c'est là le point.
Quant aux ingrats, il n'en est point
Qui ne meure enfin misérable.
XIV. Le Lion malade et le Renard
Je le crois bon ; mais dans cet antre
Je vois fort bien comme l'on entre,
Et ne vois pas comme on en sort.
XV. L'Oiseleur, l'Autour, et l'Alouette
L'oiseleur repartit : Ce petit animal
T'en avait-il fait davantage ?
XVI. Le Cheval et l'Âne
Du Baudet, en cette aventure,
On lui fit porter la voiture,
Et la peau par-dessus encor.
XVII. Le Chien qui lâche sa proie pour l'ombre
À toute peine il regagna les bords,
Et n'eut ni l'ombre ni le corps.
XVIII. Le Chartier embourbé
Aide-toi, le Ciel t'aidera.
XIX. Le Charlatan
Il avait raison. C'est folie
De compter sur dix ans de vie.
Soyons bien buvants, bien mangeants,
Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans.
XX. La Discorde
L'Auberge enfin de l'Hyménée
Lui fut pour maison assignée.
XI. La jeune Veuve
Le Père ne craint plus ce défunt tant chéri ;
Mais comme il ne parlait de rien à notre Belle :
Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis ? dit elle.
Épilogue