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Intérieur

Intérieur, Victor Hugo

Victor Hugo

Victor Hugo

(Les Contemplations, Livre III, Les luttes et les rêves)

XVIII. Intérieur Victor Hugo

10 septembre 1841

La querelle irritée, amère, à l'oeil ardent,
Vipère dont la haine empoisonne la dent,
Siffle et trouble le toit d'une pauvre demeure.
Les mots heurtent les mots. L'enfant s'effraie et pleure.
La femme et le mari laissent l'enfant crier.

- D'où viens-tu? - Qu'as-tu fait? - Oh! mauvais ouvrier!
Il vit dans la débauche et mourra sur la paille.
- Femme vaine et sans coeur qui jamais ne travaille!
- Tu sors du cabaret? - Quelque amant est venu?
- L'enfant pleure, l'enfant a faim, l'enfant est nu.
Pas de pain. - Elle a peur de salir ses mains blanches!
- Où cours-tu tous les jours? - Et toi, tous les dimanches?
- Va boire! - Va danser! - Il n'a ni feu ni lieu!
- Ta fille seulement ne sait pas prier Dieu!
- Et ta mère, bandit, c'est toi qui l'as tuée!
- Paix! - Silence, assassin! - Tais-toi, prostituée!

Un beau soleil couchant, empourprant le taudis,
Embrasait la fenêtre et le plafond, tandis
Que ce couple hideux, que rend deux fois infâme
La misère du coeur et la laideur de l'âme,
Étalait son ulcère et ses difformités
Sans honte, et sans pudeur montrait ses nudités.
Et leur vitre, où pendait un vieux haillon de toile,
Était, grâce au soleil, une éclatante étoile
Qui, dans ce même instant, vive et pure lueur,
Éblouissait au loin quelque passant rêveur!

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